Les Belges plus proches du Père Damien que des paroisses ?

Classé en 2005 parmi "les plus grands Belges", le Père Damien est une figure populaire du pays. Sa canonisation rapprochera-t-elle les Belges de l'Eglise ?

La canonisation, dimanche, du Père Damien de Veuster est un événement pour toute la Belgique. Sébastien Maillard dans le journal "La Croix", souligne la présence du roi Albert II et la reine Paola, comme celle du premier ministre Herman Van Rompuy à la célébration à Rome, ainsi que la retransmission de l'événement par nos 2 chaînes nationales. « L'Eglise catholique de Belgique espère que la canonisation, dimanche 11 octobre, du Père Damien de Veuster, l'une des figures les plus admirées du pays, la rapprochera de la population, en majorité chrétienne mais peu pratiquante », écrit -t-il dans l'édition de ce vendredi.

Classé en 2005 parmi "les plus grands Belges" selon un sondage, le P. Damien est volontiers comparé à l'abbé Pierre ou à une autre Belge, Soeur Emmanuelle. Le champion cycliste Eddy Merckx, autre figure populaire du pays, a fait le voyage jusqu'aux îles Hawaï pour promouvoir l'oeuvre du futur saint Damien de Molokaï.

Beaucoup de changements en 50 ans !

Mais le Père Damien ne reconnaîtrait plus son Eglise ! La réalité ecclésiale a bien changé en effet, les chiffres sont là pour le confirmer : des 10400 prêtres diocésains que comptait l'Eglise belge en 1960, il en reste aujourd'hui 3750, relève le journaliste. Même constat du côté de la pratique dominicale qui de 47% il y a 50 ans, tourne actuellement autour des 11%, alors qu'au temps du Père Damien, notre Eglise était une « Institution au sommet de sa puissance, presque une religion d'Etat ». Il n'empêche que la pratique s'élève quand il s'agit d'accompagner les événements familiaux comme les naissances dont 60% s'accompagnent de baptêmes, ou les décès, suivis à 61% de funérailles religieuses. Même si, tempère S. Maillard, citant l'abbé de Beukelaer « la première religion des Belges est le catholicisme non pratiquant ».

Quelques lieux emblématiques ne désemplissent pas

Un catholicisme pas toujours conjugué au quotidien, certes, mais des lieux emblématiques comme Beauraing ou Banneux « qui ne désemplissent pas », illustrent la vivante image de l'Eglise belge aujourd'hui. Tibériade, fondée par de nouveaux franciscains, communauté « prisée des jeunes » est en train d'essaimer à Gand. A Namur, la paroisse Saint-Julienne, confiée à l'Emmanuel est « archi comble » à la messe de 11heures. Une vitalité exprimée plus d'une fois lors des grands événements comme Bruxelles-Toussaint 2006 ou Taizé l'an dernier, qui montre que la « pratique religieuse est plus affirmée en milieu urbain » alors qu'en « milieu rural francophone, l'identité chrétienne est paisiblement assumée, mais le taux de pratique y est le plus bas » (O. Servais).

Des signes de renouveau qui se font jour, des réajustements internes qui redessinent le paysage paroissial, ainsi la réalité religieuse poursuit son évolution en Belgique. Ce dimanche l'Eglise donne rendez-vous à tous les Belges, croyants ou incroyants, pour un rassemblement autour de Damien : une belle occasion pour l'Eglise belge de se rapprocher de sa population ici comme à Rome, grâce à l'une de ses figures les plus admirées unanimement au nord comme au sud du pays.

Ctb/lcx/SM