Méditation de frère Alois : Mercredi 28 décembre

Je voudrais commencer par dire un mot aux Allemands et à ceux qui sont de langue allemande : Ce que je vais exprimer, j’aurais préféré le dire moi-même en allemand, puisque c’est ma propre langue. Mais pour que le plus grand nombre comprenne bien et que leurs oreilles ne soient pas fatiguées en entendant toujours la même voix, il vaut mieux que je parle en anglais et qu’un frère traduise en allemand.

Pour la première fois une de nos rencontres européennes a lieu à Berlin. Nous voulons dès ce premier soir remercier tous ceux qui nous accueillent si chaleureusement : les paroisses, et tant de familles et de personnes qui ont ouvert leur porte.

Un merci particulier à ceux qui se sont décidés à héberger des jeunes même sans appartenir à une Église. L’hospitalité est une des grandes contributions pour construire la paix.

Berlin est une ville marquée par les plus grandes diversités ; ville toute orientée vers l’avenir mais cherchant aussi à intégrer la mémoire d’un passé douloureux.

Le dessin de la Vierge Marie avec l’enfant Jésus que nous voyons dans chaque hall de prière a été fait pendant la guerre mondiale par un soldat allemand à Stalingrad en Russie.

Pour célébrer la nuit de Noël il a fait ce dessin au verso d’une carte de géographie militaire. Ce dessin se trouve aujourd’hui ici à Berlin, dans la Gedächtniskirche, l’église laissée en ruine, comme un rappel de la période du nazisme.

Est-ce que ce soldat - on sait que c’était un croyant protestant - voulait crier sa soif de vie et de paix au coeur des pires ténèbres de la guerre ? Nous l’ignorons, mais laissons-nous toucher au plus profond de nous-mêmes par ce dessin qu’on appelle « la Vierge de Stalingrad ».

Frère Roger est venu ici en 1986 pour une étape du « pèlerinage de confiance » à Berlin Est. La permission d’avoir une prière avec des jeunes avait été accordée à condition qu’il n’y ait pas de participants de l’Ouest. Cette époque est révolue et Berlin est un symbole pour tous ceux qui, à travers le monde, essayent de franchir des murs de séparation pour répandre la confiance.

Des murs existent non seulement entre peuples et continents, mais aussi tout près de nous, et jusque dans le coeur humain.

Alors, pour faire tomber ces murs, nous cherchons ces jours à puiser un nouvel élan aux sources de la confiance.

Aucun être humain, aucune société ne peut vivre isolément, sans confiance. C’est pourquoi, dès demain matin, dans les groupes, vous chercherez comment ouvrir de nouveaux chemins de confiance.

Choisir la confiance ne signifie pas fermer les yeux face au mal. La confiance n’est pas naïve ou facile, elle est un risque.

Prendre le risque de la confiance, nous ne pouvons pas le faire seuls. Nous avons besoin d’être soutenus par d’autres, de nous savoir acceptés et aimés. C’est alors que nous pouvons prendre plus librement les décisions importantes de notre vie.

Ces décisions ne s’enracinent pas dans la peur ou seulement dans les émotions, mais dans cette conviction : le bonheur se trouve non pas dans le « chacun pour soi », le bonheur se trouve en tenant compte de la solidarité entre les humains.

A Noël, le Christ est devenu l’un de nous et il nous a laissé en héritage une nouvelle solidarité qui s’étend à toute la famille humaine. Et nous ressentons la responsabilité que cet héritage implique.

Avec la Lettre pour 2012, je voudrais encourager tous ceux qui la lisent à devenir plus conscients de la solidarité humaine et à la vivre davantage. Quand nous faisons l’expérience de la solidarité avec d’autres, tout proches ou très loin de nous, l’expérience d’appartenir les uns aux autres, de dépendre les uns des autres, notre vie prend un sens.

Dans une époque où beaucoup se demandent « quel est vraiment le sens de ma vie ? » nous les frères de notre communauté, nous voudrions dire clairement : il se trouve dans la solidarité avec d’autres, vécue par des actes concrets. Une telle solidarité laisse pressentir qu’il y a un amour qui nous dépasse, elle nous amène à croire à l’amour de Dieu pour chaque être humain.

Ces jours nous cherchons à mettre en pratique cette solidarité. Ensemble nous exprimons aussi notre reconnaissance à tous ceux qui donnent leur vie dans un humble service, dans nos familles, dans un travail social ou politique, dans un engagement d’Église, et aussi par l’art. Oui, nous voudrions tous être de ceux-là, et par là trouver la joie.

Ce dossier "Taizé-Berlin" a été réalisé à l'occasion de la rencontre européenne de Taizé à Rotterdam par JeunesCathos.org, le portail "jeunes" francophone de l'Eglise catholique de Belgique. Contact : webmaster@jeunescathos.org