Canonisation du Père Damien

Basilique Nationale du Sacré-Coeur, Koekelberg 18 octobre 2009
Célébration d’action de grâce pour le Saint Père Damien - Homélie du Cardinal Danneels

Le Père Damien vient d’être canonisé. Ce qu’il a toujours été, un saint, est aujourd’hui solennellement reconnu par l’Eglise qui le propose au monde entier comme modèle digne d’être suivi. Lui qui depuis longtemps était inscrit au livre des héros, l’est à présent aussi au livre des saints, bien-aimés de Dieu. Grâce soit rendue à Dieu pour notre nouveau saint, car ce ne sont pas les hommes qui font les saints, c’est l’œuvre de Dieu lui-même. C’est pure grâce.

Tout comme chaque goûte de rosée reflète à sa manière le firmament, chaque saint montre une facette de la perfection infinie de Dieu. Regarder les saints, c’est lire dans un illustré les qualités de Dieu. Nous regardons au travers des saints pour voir Dieu et pour Le suivre.

Comment pouvons nous alors suivre et imiter Damien ?

Dire oui à des demandes qu’on n’attendait pas

La vie de Damien est pleine d’imprévus, de changements et de questions. Son frère aîné, Pamphile, destiné à la mission à Hawaii tombe malade. Damien dit de suite : « C’est mon tour, j’y vais ». Il n’aurait jamais pu le prévoire. Et il partit. Davantage même, lors d’une prédication, il entendit par hasard son évêque demander si quelqu’un voulait aller vivre sur l’île de la mort parmi les lépreux. « Pour un temps » avait dit l’évêque. Et Damian y est allé. Cela aussi il n’aurait jamais pu le prévoir. Et il est resté, car il devint lui-même lépreux et ne pouvait plus revenir. Cela non plus, il ne l’avait pas prévu. Damien répond « oui » à des demandes imprévisibles, car les circonstances ne sont pas le fait du hasard : elles sont les demandes de Dieu à chacun de nous. Cela se produit dans nos vies à tous : certaines circonstances que ne n’aurions jamais pu prévoir, nous demandent ce à quoi nous n’aurions jamais pu nous attendre ni imaginer. Répondez « Oui », aurait dit Damien, car c’est Dieu qui parle.

Ne pas s’enfuir

Devenu lui-même lépreux, Damien ne pouvait plus quitter Molokai. Sans l’avoir prévu ou voulu, il devint l’un d’entre eux. Il l’avait peut-être entrevu, car il avait déjà écrit auparavant: « nous, lépreux ». Il resta auprès des siens. Il ne pouvait pas les guérir car il n’y avait aucun médicament. Mais ce qu’il pouvait faire, c’était rester auprès d’eux. Même quand nous ne pouvons plus rien faire, il y a toujours quelque chose que nous pouvons faire : rester présent et aimer. Celui qui aime, ne s’enfuit jamais. Demeurer auprès d’un malade sans espoir, est la forme d’amour la plus pure. Damien nous dit aujourd’hui : « ne vous enfuyez pas, même si il n’y a plus d’espoir ».

Croire, mais aussi agir.

Damien avait bien entendu la parole de l’apôtre Jacques : « Mettez la Parole en application, ne vous contentez pas de l’écouter » (Jac. 1,22). La foi va jusqu’à descendre sur le terrain ; elle est concrète, riche en découvertes et efficace. Damien fait tout pour les siens : il les soigne, il construit une église, fonde une fanfare, change un regroupement abandonné à lui-même en une société organisée et fait ainsi de l’île un lieu viable socialement, religieusement et culturellement. Ce sens de la foi qui se traduit en actes, il l’a peut-être hérité de la terre dont il est issu : la terre de Tremelo. Dans nos régions, en effet, la foi s’est toujours incarnée en d’innombrables actions : œuvres sociales, écoles, hôpitaux, mouvements. Ce n’est pas par hasard non plus que Cardyn soit né chez nous ! Voir, juger, agir. Damien nous dit : « sans les œuvres, la foi est morte ».

Pour qui croit, il n’y a jamais de cause désespérée

Damien n’a jamais pu entrevoir les fruits de son oeuvre. Le ciel était pour ainsi dire plombé au dessus de Molokaii. Mais jamais il n’a dit : « il n’y a rien à faire, je vais travailler ailleurs. Je peux semer ici mais il n’y a jamais de moisson ». Damien pensait : « celui qui croit, continue d’espérer ; il n’y a pas de causes impossibles ». Cette conviction, il l’a clairement puisée dans sa foi chrétienne et non dans une obstination naturelle ou un sens de la persévérance. Sa source était ailleurs. Il le savait : « pour Dieu rien n’est impossible ». En effet pour Dieu seul. Chaque époque a ses maladies incurables et ses problèmes insolubles. Le limite recule constamment. Mais si une maladie est vaincue, une autre se pointe déjà à sa place. Chaque époque connaît ses exclus et ses marginaux. On n’en finit pas de les compter : alcooliques, drogués, sidéens, dépressifs lourds, jeunes sans espoir qui choisissent la mort, étrangers et réfugiés sans attache et sans biens. Et tant d’autres auxquels nous ne pensons pas qui passent entre les maillons du tissu social. Sous ce réseau, il faudra toujours que la charité chrétienne tende un filet de sécurité. Pour qui croit, il y a toujours de l’espoir, car il y a la charité.

‘Dites que c’est en Dieu que vous trouver la source de votre générosité’

Les chrétiens d’aujourd’hui font beaucoup pour leur prochain, mais ils ont peur d’une chose : dire publiquement où ils puisent la force de leur action : dans leur foi en Dieu. A la suite de Damien, nous devons oser dire bien plus souvent et plus clairement que nous croyons en Dieu, que nous mettons notre espoir en Lui et que nous vivons de son amour, sans complexe et sans arrogance. Nous faisons beaucoup de bien, mais nous n’osons presque plus faire mention de Dieu. Ce n’est plus de mise aujourd’hui. Nous ne pouvons couper le lien qui unit la charité fraternelle à l’amour de Dieu. Pourquoi avons-nous honte de montrer d’où nous vient la force et à quelle source nous nous abreuvons ? Sommes trop humbles quand nous nous taisons à ce propos ? Ou peut-être sommes-nous plutôt orgueilleux, car nous le gardons jalousement et honteusement pour nous.

Damien n’avait pas peur de nommer explicitement Dieu et de révéler sa source. Il écrit que tout n’était possible que grâce à Dieu. Dans une lettre, il s’exprime ainsi «sans la présence constante de notre divin Maître sur l’autel de ma petite chapelle, je n’aurais jamais pu persévérer dans ma décision de partager le sort des lépreux à Molokaii. Mais grâce à la sainte communion, le pain quotidien du prêtre, je me sens heureux et résigné devant une situation quelque peu particulière dans laquelle la Providence a voulu me mettre. » Damien n’avait pas peur de nommer sa source. Il ne comprendrait pas notre silence à propos de Dieu.

Frères et Soeurs, répondre “oui” aux questions auxquelles nous ne nous attendions pas, demeurer auprès et ne pas s’enfuir, croire et agir, ne jamais dire “il n’y a plus rien à faire” ne pas taire la source qui nous habite, ne pas passer Dieu sous silence au point qu’il meure…C’est cela suivre Damien. C’est pour ces raisons qu’il a été canonisé mais aussi pour que nous puissions le prier et l’imiter. Car il n’est pas seulement un héros à admirer, il est aussi un saint que nous pouvons invoquer.

+ Godfried Cardinal Danneels,
Archevêque de Malines-Bruxelles

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Ce dossier "Damien" a été réalisé à l'occasion de la canonisation du Père Damien par JeunesCathos.org, le portail "jeunes" francophone de l'Eglise catholique de Belgique. Contact : webmaster@jeunescathos.org